Je suppose que je devrais être désolée d’avoir mis en plan mon journal en ligne. J’en suis la première victime puisqu’à défaut d’être ma seule lectrice, j’en suis probablement la principale. L’histoire de mes humeurs me plait, me conforte et me permet de voir passer le temps entre nostalgie et sérénité.
Il est bientôt venu le temps pour moi de quitter Iqaluit et le nord. Aujourd’hui il y a eu une tempête de neige, ce qui a fait chatoyer les rayons du lever du soleil. Je me suis éveillée avec lui vers les trois heures du matin. La lumière fait sa place, chassant les aurores boréales le temps d’une saison.
Je pourrais parler de la vie, la mort, tout le reste, les loups, les ours et les lynx. Mais laissons ces mots-là au bestiaire. Je ne souhaite pas faire de poésie ni soulever les passions, juste apaiser les phrases sous des milliers de flocons de neige.
Et puis y’a encore du nouveau. Je suis amoureuse, un peu. Un être humain, de chair et de passion et de broussaille de cheveux. Un homme avec des cicatrices en cours de guérison, plus profondes que la peau même. Un homme de l’eau, comme moi, et qui vit là où je vais, à Montréal, puisque j’ai choisi de retourner aux études en septembre, à moins que le vent ne m’emporte d’ici là.
Il y a des instants où je me surprends à craindre de tout revivre : la perte, le deuil, la souffrance. Mais ne sont-ils pas inévitables par essence ? Et ces nuitées chaudes, moites et douces n’en valent-elles pas le prix ?
Les temps sont durs pour les rêveurs. Et moi je rêve encore de trouver un jardin où poser mes racines, quitte à le trouver sur les toits d’une ville fleurie. J’ai envie de creuser plus loin, de connaître quelqu’un en long en large et en profondeur. J’ai envie d’une quatrième dimension, le temps, d’une cinquième, la tendresse…
Ne me dites pas que c’est mathématiquement impossible. Je ne cherche même pas à réduire l’entropie de ce chaos intérieur… Juste à le partager, en fermant les yeux et en caressant les cheveux denses de la tête posée amoureusement sur mon ventre.
C’est mon idée du bonheur.






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