lundi, mai 16

Repartir

Dans quelques jours, il faudra repartir. Le soleil se couchera (à peine) et remontera (encore) et je plierai bagage. J'ai tellement hâte... Rentrer dans une nouvelle phase de ma vie comme ça, un retour, un nouvel an, un projet qui me pousse, me tire, une petite année à la fois...

"Surtout, fais ce que tu veux vraiment."

Une petite phrase pour changer ma vie, entre deux "j'ai peur de" et un grand panneau STOP !

"Ralentissez, vous allez trop vite mademoiselle... Ici c'est un chantier en reconstruction, y'a des morceaux de coeur qui traînent par terre, ne voyez-vous pas ! Des miettes de passé, des bouts de dynamite, des poutres non réglées, des coups de marteau quand elle m'écrit, et rien, mais absolument rien n'est au niveau. Ralentissez !"

Je suis descendue de mon vélo supersonique, j'ai retiré mes chaussures et j'ai laissé flotter librement mes cheveux. Est-ce moi qui vais si vite où est-ce le temps qui s'est arrêté ?

Mes pieds ont glissé doucement dans la boue fraîche et glaiseuse, doux souvenir de mes enfances... Oui, je ferai ce que je veux vraiment, même si on me jette hors du chantier. Un an à la fois, j'avance, je décortique le temps en lunes, je redeviens une gamine entre deux coïts sous les étoiles... Pieds nus dans la gadoue à sentir des parcelles de mousse, des grenailles et des gravillons, avançant autour du chantier, lentement, pour faire plaisir au contremaître, pour me mettre à la vitesse du temps, à l'air du vent.

Le vélo est resté debout, droit, sans perdre pied et sans faiblir. Il saura m'attendre toutes les années qu'il faut, quand le chantier sera fini, quand la maison sera peuplée, quand les mitoses seront amorcées, quand toutes les bombes du passé auront fini d'exploser. Quand on aura plein les poches d'icis et de maintenants, quand on abattra les angoisses au fur et à mesure qu'elles bondissent. Quand le contremaître enlèvera son casque et ses bottes d'acier, quand il inondera le chantier de larmes et fera de la maison un voilier de rêves, soufflé de mon Suroît vers ton Mistral, porté au gré de l'espoir.

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Montréal, dans deux semaines à peine. Je suis fatiguée, j'ai besoin d'un peu de sommeil partagé, d'un homme en peluche pour remplacer Nanook. Et puis je passerai ma main dans tes cheveux fous, comme ça j'y resterai coincée. C'est ça que je veux.

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