Viens me bercer, étends ton bras et touche ma joue
Depuis longtemps sans toi, j'avais même cessé de t'attendre
Étends ton corps à mes côtés, et pose ta plume chastement
Qu'elle se tienne entre nous comme une barrière invisible
Comme l'épée qui jadis sépara Tristan d'Iseult et qui berna le roi.
Berne-moi aussi, mon amour, je t'implore, fais semblant
Que notre couche de papier est un grand lit de noce
Au sol d'une yourte, entrelacés dans la fourrure
Prends-moi entre tes doigts, fais-moi tournoyer
Jette ton encre sur le papier et raconte-moi tes poèmes
Tu m'as manqué, tu me manques, tu me manqueras
Conjuge-nous à l'imparfait de l'inconditionnel
Laisse ta pointe glisser, je t'en prie ne la relève pas
Ne mets pas les points sur les I, ne trace pas les traverses de tes T
Marie les mots qui nous unissent pour le meilleur
Et pour l'Empire qui s'étend de mon Nord jusqu'à ton Sud
Sous un rideau de paradis, dans des effluves de romarin
Plie bagage, et glisse-le solenellement dans l'enveloppe
Prends plaisir comme moi à en lècher lentement la colle
Poste-toi à mes côtés, laisse-moi être et devenir un peu plus
Tienne à chaque lettre, ta princesse un peu timbrée.
Un jour, nous relirons ces mots, les trouvant beaux et puérils
Nous les plieront en bateaux que nous lancerons sur la baie
À nos noces de papier






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