Mes textes comme ma vie vous parlent souvent d'amour, de beauté et d'humanisme. Pourtant, en creusant un peu plus loin, on y retrouve l'impatience, le refus, la résistance. Pourquoi n'ai-je pas un emploi, un salaire, une paie ? Pourquoi est-ce que je ne démarre pas une entreprise, pourquoi est-ce que je ne trouve pas une façon de m'insérer d'une façon équilibrée sinon prestigieuse dans le modèle capitaliste ? Ne suis-je pas forte de mon intelligence, de ma créativité ? Ne suis-je pas plus consciente de ce qui va bien et de ce qui ne tient plus la route ? Ne puis-je pas y trouver quelque bénéfice ?
C'est que quelque chose en moi s'indigne, résiste et milite. Oui, j'ai rêvé d'un monde sans pauvreté, sans guerre, sans famine, sans discrimination, sans politiciens et sans compromettre les générations futures. J'ai en moi la semence de la culture, de la diplomatie et de l'ethnorelativisme, j'ai songé à créer des bulles de concertation, d'agriculture biologique, des monticules de compost, une cabane dans les bois, une caravane dans le désert....
J'ai des solutions à toutes les doléances de la terre ! N'ai-je pas le courage de la vendre aux enchères ?
Je ne suis encore qu'une Femme, un être Humain. La complexité du monde m'échappe. Ici, une croyance, là-bas une culture. Si je tire la couverture ici, quelqu'un n'en n'aura pas ailleurs. Je continue à m'indigner, à refuser de m'agenouiller, à résister, à vivre par l'exemple ce que je crois être tolérable, dans ma culture, sur mon radeau, quelle vie étrange, vivre dans vos déchets, je vis plus riche qu'ailleurs au monde !
Cette année qui vient j'aurai trente ans, et pas encore de métier, pas encore la force de tout amalgamer. Cette année sonne le glas, enfin, l'heure de mon manifesto, de mon credo. Je saurai dire : je suis humaniste par seul instinct de survie.
Que l'Humanité survive ou non à ce qu'elle-même cause, cela m'importe peu, et ne m'empêchera pas de Vivre aujourd'hui la fantastique expérience Humaine : conscience d'être, d'exister, passions, idéalisme, débats, idées, arts, la danse, les chorégraphies, les peintures, car je suis fière d'être du monde des Rimbauds et des Lao Tseu, des David-Néel, des Loups des Steppes, de ceux qui créent et détruisent leurs propres univers, de ceux qui sont sortis des cavernes pour s'emprisonner dans des tours de verre. Et leurs caves vides, je les habiterai, j'y metterai un piano à queue et j'y jouerai de l'ocarina, je célèbrerai le génie et la folie humaine, héritée de tous ces gênes !!!
Ne me prenez pas pour une épicurienne déchaînée : les vérités ne sont pas rediffusées à la télé. La vie dehors, la vraie, loin de notre encre électronique, auprès des nomades, des êtres tristes, des violeurs, des meurtriers, des idéalistes, des néo-libéraux, de ces êtres étranges ne parlant qu'une seule langue, de la grande réalité de la diversité dans l'aventure, l'aventure, l'aventure Humaine...
Je continue de croire que suis vivante grâce à mes piliers : intégrité, passion, curiosité, frugalité. Je crois que ma fonction sur terre est de transmettre la vie, l'espoir et la folie. C'est mon rôle de rate dans ce grand laboratoire...
Et quand le désespoir me touche, quand je me scandalise, quand je hais les Hommes et les Femmes qui en bafouent d'autres, l'Injustice, la Destruction, ma société de moutons, quand je m'enrage et que je voudrais tout décimer et m'enfermer pour pleurer dans ma caravane... Quand me vient le goût du sang humain entre deux tranches de ras-le-bol je crie je hurle je cingle j'attaque et au coeur je me frappe car la seule pilule que j'aie pour me calmer en est une d'amour !
D'amour !
D'amour !
Voilà ce que je suis, humaniste par instinct de survie, si j'aime autant c'est pour me droguer, pour oublier ce qui ne saurait fonctionner, même si on se levait tous dans l'indignation, même si on faisait la révolution, même si on arrêtait tout maintenant, parce que l'Histoire suit son cours, parce qu'on a conscience de qui on est, on respire, on est vivants, on rêve...
Moi c'est l'amour qui me raccroche, qui me rapproche, c'est ce qu'il y a d'aimable en toi, ton sexe dans mes entrailles, l'odeur qui t'accompagne au creux de ta nuque, tes cheveux un peu bouclés, ton intégrité, ton potentiel, ton envie d'être meilleur que toi même... Les mots que tu couches toi aussi sur le papier, dans notre lit...
Si je n'aime pas, je me dessèche. J'aurai besoin un jour de boire ta peau... Et si tu as peur de me faire Vivre, tout sera à recommencer. Ne t'en fais pas, ils ont tous peur, quand ils ne sont pas morts déjà... Moi aussi, je crains, je frissonne à l'idée du rejet, mais n'est-il pas inévitable ? Aimer quelqu'un, n'est-ce pas accepter d'être un jour trahi ?
L'Amour, oui l'Amour
et la Résistance
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)






0 commentaires:
Enregistrer un commentaire